Après trois jours de mobilisation, la fatigue commence à se faire sentir au sein de la population, Moroni continue de vivre au rythme d’une crise qui bouleverse progressivement le quotidien des habitants.

 

La capitale comorienne continue de vivre au ralenti. Si certains quartiers restent marqués par une circulation réduite et des barrages improvisés, d’autres montrent peu à peu des signes d’adaptation. À Volo-volo comme au Petit marché, les vendeurs ont repris place derrière leurs étals, souvent vides, davantage pour surveiller leurs marchandises que pour commercer réellement. À Volo-volo, l’ambiance varie entre calme et tension. 

Les vendeurs discutent entre eux, jouent aux cartes ou commentent l’évolution du mouvement. Les clients, eux, se font rares. Ahmed Ibrahim, surnommé «Pale», vendeur de poissons originaire de Ndrude, explique être venu uniquement pour préserver sa marchandise. «Je vends des langoustes, des poissons rouges et d’autres produits de la mer. Je devais venir remettre des glaçons dans les glacières pour éviter que les poissons pourrissent», raconte-t-il. 

Des commerces ont rouvert leurs portes

Parti de Dzahani pour rejoindre son lieu de travail, il affirme que de nombreux commerçants effectuent également le déplacement afin de surveiller leurs biens. «Certains laissent leurs affaires ici. Ils viennent pour se sentir en sécurité et veiller sur leurs marchandises», ajoute-t-il. Selon lui, d’autres continuent aussi à venir « par habitude », mais également pour s’informer sur l’évolution de la situation. 

Au Petit marché de Madjenini, le constat reste le même. Les vendeurs occupent leurs places habituelles malgré des étals presque vides. Assis devant leurs stands, ils observent les rares passants traverser les allées silencieuses du marché. Non loin de là, l’ambiance contraste fortement. Des groupes de jeunes et d’adultes se rassemblent autour de jeux de société ou de discussions animées. Certains semblent vouloir oublier, l’espace de quelques heures, les difficultés imposées par la grève.

À proximité de l’ambassade de France, plusieurs personnes continuaient également d’honorer leurs rendez-vous administratifs. Certains déposaient leurs dossiers tandis que d’autres venaient récupérer des réponses concernant leurs démarches. A Hambramba, plusieurs commerces ont rouvert leurs portes. Des supermarchés comme New Bazar, Sara Market ou encore Sawa Prix accueillent de nouveau des clients venus acheter quelques produits essentiels. Pendant ce temps, dans plusieurs quartiers, les voitures particulières continuent de circuler. 


Dans certaines zones, des barrages improvisés restent visibles. À Bonzami, des pierres ont été déposées sur la route jusqu’à Iconi afin de bloquer le passage. Même situation à Biscai où des individus cagoulés ont commencé à retirer certaines pierres qui sont sur la route. À Zilmadju, quelques boulangeries poursuivent leur activité. Des habitants traversent les rues avec des sachets de pain à la main, symbole d’un quotidien qui tente de se maintenir malgré les difficultés d’approvisionnement. À Caltex, plusieurs personnes se regroupent toujours dans l’espoir de trouver un véhicule pouvant les rapprocher de leur domicile. Du côté du quartier Mhumré, hommes, femmes et enfants se trouvent autour des robinets d’eau, bidons et seaux à la main, pour assurer les besoins essentiels des foyers.