La scène qui montre une femme en train de subir une violence inouïe des policiers pour avoir refusé de monter sur une voiture sans sa fille rappelle la politique répressive réservée aux ressortissants originaires des autres îles comoriennes de la part des agents des forces de sécurité de la puissance occupante.

 

Une semaine après les faits qui remonteraient au 24 mai, des bribes de la scène continuent  de sortir.  Ce jour-là, dans une vidéo, qui a fait le tour des réseaux sociaux, on y voit une femme et deux policiers se disputer devant une voiture. Mais très vite, les deux agents se déchaînent sur la mère, qui s’avère être une Comorienne originaire des autres îles. Alors qu’elle ne réclame que  sa fille, l’un des policiers lui serre le cou, pendant que son collègue, en profite pour lui assener  un uppercut violent sous les regards des habitants présents devant la scène. 


Selon des habitants de l’île, la scène s’est passée à Mamudzu. Une vidéo publiée mercredi montre qu’en réalité les policiers poursuivaient la dame d’abord dans les ruelles de son quartier où ils lui demandaient ses papiers. La femme les invite ainsi à la suivre pour rentrer chez elle afin de récupérer le document. Refusant d’écouter, la mère de famille court et tombe à quelques mètres. L’altercation se poursuit jusqu’à la voiture des policiers. C’est à ce moment-là que la maman se révolte et refuse de partir sans sa petite enfant. La violence qu’elle en subira est sans appel. Sur les photos, on voit une bouche ensanglantée. Face à cette situation, des avocats et associations de la société civile sont montés au créneau pour dénoncer ces faits. «Cette vidéo nous interpelle par la violence des images et aussi la force du message que fait passer cette femme. La violence policière devenue quotidienne dans les rues des villes de Mayotte pour expulser des Comoriens installés dans cette île comorienne depuis de longues années où ils ont de la famille et un logement. Les personnes originaires des autres îles comoriennes ont droit à un régime de violence particulière qui se distingue du sort réservé aux Africains du continent qui n’ont pas de famille à Mayotte», a souligné le président du comité maore, le Dr  Mohamed Monjoin. 

Des kwasa sabordés 

Ce dernier rappelle que cette violence policière vient s’ajouter à celle exercée en mer où des kwasa venant de Ndzuani sont froidement sabordés avec pour conséquence des naufrages mortels ou des accidents très graves pouvant aboutir à des amputations. «L’autre message délivré par cette vidéo est le refus désespéré de cette femme de laisser sa fille à Mayotte. Les expulsions de parents adultes sans leurs enfants alimentent l’usine à fabriquer des délinquants. Ces enfants livrés à eux-mêmes ne bénéficient pas de l’éducation parentale et scolaire qui leur est due et apprennent à vivre dans la jungle des rues où ce sont des bandes déjà organisées qui les recrutent», a dénoncé le président du comité Maore. 

Convention violée 

Pourtant ces pratiques sont condamnées par de nombreuses conventions ratifiées par la France, puissance occupante, a relevé, l’avocate franco-comorienne, Maliza Said Soilihi. «Mayotte est aujourd’hui l’un des territoires où la France pratique le plus grand nombre d’interpellations et d’éloignements de personnes étrangères, y compris de parents d’enfants nés ou scolarisés sur le territoire. De nombreuses organisations de défense des droits humains dénoncent un climat de violences policières, de séparations familiales et d’atteintes graves aux droits des enfants», a noté l’ex-élue municipale, qui rappelle que la France a déjà été condamnée par la cour européenne des droits de l’Homme.L’avocate a indiqué que Paris s’est engagée à respecter des conventions et lois à l’instar des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l’enfant, qui interdisent toute séparation arbitraire de l’enfant et de ses parents. «Donc, même lorsqu’une personne est en situation irrégulière, elle ne perd pas ses droits fondamentaux, et l’enfant ne peut pas être traité comme un accessoire de la politique migratoire», a-t-elle martelé.

Maliza Said Soilihi a ajouté que la vie familiale est protégée, y compris pour les familles en situation irrégulière. «Une mesure d’éloignement qui brise une unité familiale doit être strictement justifiée et proportionnée. À Mayotte, de nombreux cas montrent des expulsions rapides, sans prise en compte réelle des liens entre l’enfant et le parent éloigné», a-t-elle fait observer avant de faire savoir que le cas de cette femme comorienne brutalisée et rouée de coups révèle d’un problème systémique. La scène s’inscrit, d’après l’avocate, dans un contexte de violences et de politiques migratoires d’exception à Mayotte, visant principalement les Comoriens des autres îles, qui sont chez eux à Mayotte, mais considérés comme des «clandestins». «Séparer un enfant de sa mère dans le cadre d’une interpellation ou d’une expulsion, sans contrôle d’un juge et sans évaluation sérieuse de l’intérêt de l’enfant, concentre plusieurs violations simultanées. Or, Mayotte est devenue une zone d’exception, dénoncée par les Ong, dont la Cimade», a-t-elle illustré. 
Dans un communiqué publié le 27 mai, Unicef France et Human Rights Watch, et d’autres organisations internationales ont rappelé que «les impératifs sécuritaires» de l’opération Kingia, perçue comme une prolongation de Wuambushu, ne sauraient justifier «les interventions qui exposent les enfants à des ruptures des droits et de protection».