Les travaux ont été l’aboutissement d’un processus de concertation mené dans les trois îles indépendantes de l’archipel et ayant réuni autorités publiques, partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile, services d’écoute, leaders communautaires et religieux.

 

Les assises nationales sur les violences basées sur le genre (Vbg) se sont achevées ce mardi 2 juin à l’hôtel Retaj, par l’adoption d’une feuille de route nationale pour la période 2026-2030, destinée à renforcer la prévention, la protection des victimes et la lutte contre l’impunité.

La cérémonie de clôture s’est déroulée en présence du ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmada Assoumani, et quelques-uns de ses collègues, du gouverneur de Ngazidja, du représentants de l’Union européenne et de l’Unfpa et d’elus de la nation, ainsi que de nombreux acteurs engagés dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.


Dans son intervention, la directrice de la Promotion du genre, Mouzna Djoumoi, a salué la forte mobilisation des participants et la qualité des échanges menés tout au long du processus. Elle a rappelé que les concertations organisées à Ngazidja, Ndzuani et Mwali ont permis de dresser un état des lieux des Vbg dans le pays, d’identifier les défis persistants et de mettre en lumière les initiatives à renforcer pour améliorer la prévention et la prise en charge des victimes.

« Les réflexions, recommandations et propositions formulées dans les trois îles ont permis d’aboutir à un état des lieux national et à une feuille de route consensuelle, fruit d’un travail collectif et d’une large concertation », a-t-elle déclaré. Selon elle, les recommandations issues des assises contribueront à plusieurs réformes actuellement engagées par le ministère, notamment l’élaboration d’un cadre légal et réglementaire pour les services d’écoute, ainsi que la future stratégie nationale genre. «L’adoption de cette feuille de route marquera certes l’aboutissement de plusieurs semaines de concertation, mais elle ne constitue pas une fin en soi. C’est maintenant que nous commençons la mise en œuvre de nos engagements collectifs», a-t-elle insisté.


Présentant les grandes lignes du document, la consultante Samina Chakira a expliqué que la feuille de route repose sur une vision commune dans le but de construire «une société comorienne fondée sur l’égalité, la dignité humaine et la tolérance zéro envers toutes les formes de Vbg». 
Elle a précisé que le document couvrira la période 2026-2030 et s’appuie sur les réalités observées dans les trois îles.

Cinq axes strategiques

Une feuille de route qui s’articule autour de cinq axes stratégiquesé, à savoir «la prévention et la transformation sociale dans l’objectif de réduire les facteurs sociaux, culturels et comportementaux favorisant les violences, la protection et la prise en charge des survivantes, l’accès à la justice et la lutte contre l’impunité, le renforcement de la gouvernance et de la coordination des interventions et enfin, l’amélioration des systèmes de collecte des données, de recherche et de suivi-évaluation».

Pour sa part, le représentant de l’Union européenne, Pavlos Evangelidis, a insisté sur «la nécessité de transformer les engagements prises en actions concrètes». Saluant les résultats obtenus dans le cadre du projet Shawiri, il a rappelé que la lutte contre les Vbg constitue un défi mondial. 

«Sensibiliser ne suffit pas, accompagner ne suffit pas. Tant que l’impunité demeure, les violences se répètent et se banalisent», a-t-il averti. Il  a notamment plaidé pour la création d’une unité médico-judiciaire, la mise en place d’une ligne budgétaire nationale dédiée aux services de prise en charge et l’application effective des sanctions contre les auteurs de violences. «Une ligne budgétaire nationale dédiée est indispensable, car aucun service d’écoute ou centre d’accueil ne peut dépendre durablement des seuls financements extérieurs», a-t-il affirmé.


De son côté, le gouverneur de Ngazidja a salué la tenue de ces assises qu’il a qualifiées d’étape importante dans la lutte contre les violences basées sur le genre. Il a appelé à maintenir la mobilisation des communautés et des institutions afin de garantir la mise en œuvre effective des recommandations issues des travaux.Clôturant officiellement les travaux, la ministre de la promotion du Genre, Fatima Ahmada, a exprimé sa gratitude envers l’ensemble des participants et partenaires ayant contribué au succès des assises. Elle a salué l’engagement des autorités publiques, des collectivités locales, des institutions judiciaires et sécuritaires, des leaders religieux et communautaires, des Osc, des médias ainsi que des partenaires techniques et financiers. 

L’aboutissement d’un processus de consultation

Selon elle, les progrès réalisés ces dernières années dans la protection des femmes, des filles et des enfants sont significatifs, mais nécessitent aujourd’hui d’être consolidés. «Nous avons besoin de renforcer les services d’écoute, d’étendre les comités de veille communautaires, d’améliorer les mécanismes de prise en charge et d’accompagner la mise en œuvre des futures orientations stratégiques qui découleront de ces assises», a-t-elle déclaré. La ministre a assuré que les recommandations issues des concertations dans les trois îles ne resteront pas lettre morte. «Elles représentent désormais une feuille de route collective que le gouvernement veillera à intégrer dans la future stratégie nationale de lutte contre les Vbg pour la période  2026-2030», a-t-elle affirmé. 


Rappelant que ces assises marquent à la fois l’aboutissement d’un processus de consultation et le début d’une nouvelle étape, elle a appelé l’ensemble des acteurs à passer à l’action. «Ensemble, nous avons identifié les défis, construit des solutions, nous devons désormais agir», a-t-elle conclu avant de déclarer officiellement closes les assises nationales sur les violences basées sur le genre.
Reste désormais à traduire ces engagements en actions concrètes car au-delà des recommandations adoptées, le principal défi sera d’assurer leur mise en œuvre effective afin de réduire les violences et de garantir une meilleure protection des femmes, des enfants et de toutes les personnes vulnérables à travers l’ensemble du territoire national.