Dans cet entretien, le directeur de cabinet du ministère de la Promotion du Genre, de la Solidarité et de l’Information, Kaabi Mziarani, revient sur les avancées dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l’autonomisation économique, la représentation féminine et le rôle des médias, tout en présentant les priorités de son département ministériel.


En matière de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, quels progrès majeurs avez-vous enregistrés et quelles contraintes persistent sur le terrain ?  


D’abord, je tiens à remercier la ministre pour la confiance qu’elle m’accorde ainsi que pour les responsabilités qui me sont confiées au service de l’État et de nos concitoyens. Je tiens à la rassurer de mon engagement. En matière de lutte contre les violences, cette question constitue l’une de nos priorités. La première avancée réside dans le renforcement de sa visibilité et son inscription au cœur de l’action publique.

Cela passe par la sensibilisation, l’accompagnement sociopsychologique et l’orientation des victimes, mais aussi par une meilleure coordination entre les services et les organismes concernés afin d’assurer une prise en charge cohérente. Depuis la création du ministère, il y a deux ans, le nombre de centres d’écoute est passé de 10 à 30 au niveau national. Le nombre de paramédicaux et de parajuristes a également augmenté, dans le but de mettre progressivement en place un véritable système de protection des victimes.

 Sur le terrain, plusieurs contraintes persistent, et nous devons en être lucides : le poids du silence, la peur de parler, la stigmatisation des victimes, certaines résistances socioculturelles, l’éloignement de certains services et l’insuffisance des moyens de protection. Le défi consiste désormais à passer d’une politique réactive à une politique davantage préventive, coordonnée et centrée sur la protection et la dignité des victimes.

Comment votre ministère accompagne-t-il concrètement les femmes du secteur informel pour leur permettre d’accéder au financement et à l’entrepreneuriat formel ? 


La grande partie de l’activité économique des femmes se trouve dans le secteur informel. Une force économique à accompagner et structurer, avec l’initiative de l’autonomisation de la femme. Sur ce, nous avons mis en marche une politique, initiée par la ministre, de structurations des femmes en coopératives et groupements pour les orienter vers les opportunités de financement des projets.

Surtout en sensibilisant les femmes rurales vers les opportunités et de leur permettre à créer leurs propres entreprises en devenant aussi maîtres de leurs destins. Nous voulons également renforcer les passerelles entre l’informel et le formel, et formaliser les activités au-delà d’une contrainte administrative en permettant l’accès au crédit, le développement d’entreprise, la participation aux marchés, le bénéfice de formations et la sécurisation des leurs activités. 

Malgré le cadre légal, la représentativité des femmes dans les hautes fonctions politiques et administratives reste à renforcer. Quelle est votre feuille de route pour inverser cette tendance ?  


À ma connaissance de l’histoire politique des Comores, c’est la première fois qu’un président accorde autant d’importance à la question du genre. Aujourd’hui, les femmes comoriennes occupent de hautes fonctions décisionnelles, notamment comme gouverneures des îles, députées, ministres, directrices générales ou SG. Notre feuille de route repose sur trois axes : identifier les talents féminins, renforcer leurs compétences et créer les conditions favorables à leur accès aux responsabilités.

 Il s’agit d’investir davantage dans la formation au leadership et à la préparation aux fonctions décisionnelles, tout en accompagnant les jeunes femmes et en garantissant aux hommes comme aux femmes les mêmes possibilités de contribuer au développement national.

En tant que directeur de cabinet de la ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement, comment utilisez-vous ce levier médiatique pour déconstruire les stéréotypes de genre dans la société comorienne ?


L’information est un formidable outil de transformation sociale. Nous ne pouvons pas demander à la société de changer si nous ne changeons pas également la manière dont nous représentons les femmes et les hommes dans les médias. Avec le courage de valoriser la femme, actrice du développement national, telle qu’entrepreneures, enseignantes, agricultrices, médecins, responsables associatives,

 fonctionnaires, journalistes ou dirigeantes, nous voulons donner davantage la parole aux femmes, surtout aux jeunes filles, montrer leur parcours et leurs réussites en déconstruisant progressivement les représentations qui limitent leur rôle à certaines fonctions traditionnelles. Les médias publics ont ici une responsabilité particulière, mais nous avons aussi à travailler avec les médias privés, les créateurs de contenus et les réseaux sociaux. Utiliser l’information pour éduquer, sensibiliser et faire évoluer les comportements est également un devoir.

Quelle mesure phare souhaitez-vous absolument concrétiser d’ici la fin de vos fonctions pour marquer durablement la cause des femmes aux Comores ?


À travers notre passage à cette haute fonction de l’État, nous souhaitons que ce ministère, récemment créé autour de trois axes (le genre, la solidarité et l’information) soit évalué à travers des projets concrets, des institutions renforcées, des dispositifs efficaces et une amélioration réelle des conditions de travail. Notre responsabilité est de promouvoir l’égalité des chances et l’autonomisation dans le domaine du genre, de protéger les personnes vulnérables dans le cadre de la solidarité et, surtout, de donner les moyens de sensibiliser, d’expliquer l’action publique et d’accompagner les changements de comportement à travers le volet information.

 Au-delà de la mise en place d’un cadre de travail serein permettant à la ministre d’agir efficacement, nous voulons notamment renforcer la protection et l’autonomisation des femmes et des filles vulnérables. Notre ambition est de laisser une réforme durable, capable de produire des résultats au-delà de notre passage au ministère. En tant que nouveau département, nous devons relever d’importants défis institutionnels, organisationnels et opérationnels.

 Il y a également le volet social, qui nécessite une meilleure prise en compte des inégalités dans les politiques publiques. Une attention particulière doit être accordée aux femmes vulnérables, aux enfants et aux personnes en situation de précarité, notamment celles qui rencontrent des difficultés d’accès aux opportunités. Le renforcement de la coordination entre les différents acteurs est également essentiel afin d’éviter les interventions dispersées.