L’ancien maître, décédé le 15 avril, est connu pour avoir formé des générations dorées du club Bismillah de Mvuni. Portrait
Mavouna Madihali est un pionnier du judo aux Comores. Grâce à cet ancien sportif de 96 ans, cette discipline a été pratiquée avec une passion particulière. “Fundi” Mavouna était, depuis près de trois décennies, la référence sportive de Mvuni ya Bambao, son village natal. C’est au sein de cette localité qu’il a créé le tout premier centre de formation de judo dans le pays. Mvuni a abrité quelques uns des plus grands maîtres de judo des Comores. La discipline a été, durant les années 1950, une activité qui a conduit le jeune Mavouna Madihali à faire des merveilles.
Ce judoka de formation a connu ses premiers succès à Madagascar, au Centre sportif de Diego Suarez : “J’ai intégré le centre de formation de judo de la place Kabaro de Diego Suarez avec toutes les ambitions que pouvait avoir un apprenti dans la discipline”, amait-il à souligner. Durant ses années de gloire, le jeune Mavouna s’est cantonné à l’épreuve d’osotogari. “Je suis fort au niveau des gestes techniques notamment quand il s’agit de renverser son adversaire. Par contre, je le suis moins pour les coups”, expliquait-il.
Né en 1930 à Mvuni, au centre de Ngazidja, il a été amené, tout jeune, à Diego Suarez où il se laisse, rapidement, prendre par la puissance et l’art de combattre des grands judokas de la Grande île. Selon lui, les étrangers ne pouvaient pas, à l’époque, porter une arme et ne pouvaient se défendre, en cas de nécessité, que par eux-mêmes. Voulant acquérir des moyens de se défendre en cas d’agression, il a décidé de s’inscrire au centre de judo de son quartier. “J’étais assez mature pour me décider et m’adonner à ce sport qui allait être, quelques années plus tard, une consécration pour moi” disait-il.
Un conte de fée
Les apprentis intégraient ce centre comme un enfant qui entrait pour la première fois à l’école : “On devait payer à chaque fin de mois et ceux qui n’avaient pas les moyens de s’en acquitter étaient, malheureusement, renvoyés”, se rappelait-il. Père de deux enfants dont Ali, né d’une Malgache qu’il a connue“grâce à mes performances aux combats et ma réussite dans le judo”.
Sa vie était, quelque part, un conte de fées : “J’avais remporté, à Madagascar en 1973, une médaille de bronze grâce à ma sérénité au combat et ma détermination de grand bosseur. Cette médaille m’a été décernée par le général de division, Gabriel Ramantsoa, au nom du gouvernement “gasy”, aimait-il se souvenir. “De part de son accent et son look vestimentaire, Mavouna Madihali affichait, d’emblée, ses traits de “zanatany”, souligne ce ressortissant malagasy.
Dans ce centre qui rassemblait plusieurs jeunes, il a su s’imposer. Après dix-neuf ans de service dans ce centre, il l’a représenté, à la Réunion et à l’île Maurice, dans des compétitions régionales : “c’est à Maurice que j’ai fait une belle prestation, j’y ai gagné une médaille de bronze et une coupe”, se remémorait-il un peu mélancolique. Cette distinction lui a été décernée en hommage à ses dix-neuf ans passés au service du judo sur la Grande île. Il gardait, jalousement, cette précieuse marque de reconnaissance.
Pour l’un de ses disciples de Mvuni, Abbas M’madi, médaillé de bronze aux Jioi Madagascar 2007, “fundi” Mavouna ne savait pas seulement combattre : “il avait une facilité naturelle à partager ses connaissances. Il nous protégeait et nous conseillait comme si nous étions ses propres enfants. Il a su faire, grâce à sa manière de nous entrainer, du club Bismillah de Mvuni un des meilleurs du pays”, témoigne-t-il.
Un grand formateur
De retour au pays natal, le 2 mai 1975, maître Mavouna a côtoyé Me Antoinette, alors célèbre karatéka de son état. Ensemble, ils ont formé une paire de maîtres d’arts martiaux avec l’ambition de faire la promotion, sous toutes leurs formes, de leurs disciplines respectives : “Me Antoinette a beaucoup représenté les Comores ailleurs contrairement à moi. Etant plus âgé, il prenait le devant ”. Puis il a eu l’idée de fonder l’Association sportive club bismillah de Mvuni”.
Malgré les défis notamment un incendie contre son centre, «le Ceinture noir» a continué à encadrer ses apprentis avec grand dévouement.
Selon lui, le plus grand conseil qu’il prodiguait à ses disciples a été de “pratiquer ce sport comme les autres jeunes avec le football. Car un jour on va vous envier”. Le judo faisait partie de sa vie : “Je vis d’une part pour le judo. La discipline pourra nourrir son homme dépendamment de la façon dont celui-ci l’entretient”.

